Sylvain Gammacurta Hypnose
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La politique a-t-elle sa place dans les métiers d’accompagnement ?

Introduction

La question de l’intégration de la politique dans les métiers d’accompagnement, notamment celui de praticien en hypnose, est complexe et mérite une réflexion approfondie. Un débat parmi les professionnels de l’accompagnement révèle des positions divergentes sur ce sujet. Certains soutiennent que nous avons un devoir militant, arguant que nos maux proviennent, en totalité ou en partie, de la société et des pouvoirs politiques, influençant inévitablement nos vies et notre santé psychologique.

Néanmoins, le militantisme empreint de dogmatisme et de ton péremptoire qui l’accompagne souvent soulève des enjeux éthiques majeurs. En se posant en détenteur de vérités incontestables, le praticien trahit l’essence même de l’ouverture nécessaire à la relation d’aide. Vous l’auriez compris, je suis clairement réticent à l’imposition de systèmes de valeurs spécifiques dans l’accompagnement, car cela compromet le respect du développement unique de chaque individu. L’introduction de la politique risque selon moi, de fausser l’interaction, limitant la croissance personnelle et entravant l’exploration authentique des potentialités. Chaque personne évolue à son rythme, et l’accompagnement doit s’adapter à cette diversité, en favorisant un espace de dialogue ouvert et, autant que possible, exempt de toute influence idéologique prédominante.

Dans cet article, j’exprimerai donc ma position en faveur d’une volonté de neutralité, distincte de la croyance en une neutralité totale, qui, à mon sens, demeure une valeur essentielle pour le professionnel de l’accompagnement. J’explorerai la différence entre se croire neutre et faire un effort de neutralité. De plus, j’examinerai les dimensions de la compétence et de l’incompétence politique du citoyen lambda, en m’appuyant sur les travaux de chercheurs comme Alfredo Joignant et sur les théories de divers philosophes et théoriciens politiques tels que Platon, Polybe avec le principe d’anacyclose, Nietzsche, Montesquieu, et bien d’autres.

En abordant ces thèmes, nous chercherons à comprendre comment la discipline de la neutralité est bénéfique dans une pratique professionnelle tout en reconnaissant l’influence inévitable des dynamiques politiques sur la santé psychologique et le bien-être des individus. Par ailleurs, il est crucial de souligner l’importance d’une éducation à l’esprit critique, à la rhétorique, et aux divers mécanismes d’influence et de manipulation. Connaitre ces outils permet non seulement de mieux naviguer dans le paysage politique contemporain mais aussi de renforcer notre capacité à résister aux manipulations et à exercer notre jugement de manière plus éclairée. Ainsi, cette éducation constitue un pilier essentiel pour tous les citoyens, les aidant à participer de manière plus adéquate et constructive au débat démocratique.

La place de la politique dans l’accompagnement

Lors des séances d’accompagnement, notamment d’hypnose, je m’efforce de maintenir une rigoureuse impartialité, exempte, autant que possible, de tout jugement personnel sur mes propres croyances ou opinions politiques. À mon sens, il est essentiel de s’abstenir d’adopter ce genres de positions tranchées ou de débattre de valeurs morales de manière catégorique. Cela ne signifie nullement que nous devons renoncer à notre humanité ; au contraire, je crois fermement que cette neutralité préserve l’humanité et la qualité du soin. Il est certes crucial de poser un cadre clair, mais sans perdre de vue qu’en tant que professionnels, nous avons le devoir de nous détacher de nos propres leçons de morale afin de nous connecter authentiquement avec l’univers psychique de l’autre et ce qu’importe leurs opinions. De plus, en dehors du cadre thérapeutique, nos accompagnés ont certainement tout loisir d’échanger, de débattre et de se laisser convaincre au gré des interactions sociales.

Je ne saurais nier l’importance du rapport à la politique, car, comme l’affirmait Aristote, l’homme est un « animal politique ». L’humain est un être social et grégaire, souvent en quête de validation et de sécurité au sein de son groupe. Les religions, le nationalisme et le marketing exploitent déjà suffisamment, parfois de manière funeste, ces particularités. C’est pourquoi, contrairement à ce que certains affirment de manière réductrice, le militantisme et l’endoctrinement doivent impérativement demeurer à l’écart de nos cabinets. En revanche, de part notre posture, il est indispensable de susciter la réflexion, de remettre en question les perspectives et les contextes en respectant la liberté de nos sujets.

Je dois avouer que cette posture « méta » m’est peut-être plus aisée à adopter que pour certains de mes collègues, en raison de la non-représentation de mes opinions ou idées politiques par les partis actuels, ainsi que de mes sérieux doutes sur la nature même de la démocratie contemporaine. En effet, dans un monde caractérisé par la volatilité, l’incertitude et l’ambiguïté, les démocraties contemporaines semblent de plus en plus inefficaces, voire dysfonctionnelles. Elles rencontrent des difficultés majeures à traiter des enjeux complexes aux répercussions à moyen et long terme. Bien que ce système politique repose sur l’élection de représentants, il ne favorise pas toujours la réflexion approfondie ou la consultation élargie. Par conséquent, la démocratie, telle qu’elle est exercée aujourd’hui, m’apparaît comme un système limité en termes de mobilisation de l’intelligence collective, freinant ainsi sa capacité à s’adapter aux modernes que rencontre notre monde.

Dans le livre VI de la République, Platon compare l’État à un navire plongé dans l’anarchie : les matelots sont narcissiques, convaincus de leur propre compétence politique ; égoïstes, tous veulent être celui qui tiendra le gouvernail ; et mauvais, prêts à tout pour atteindre ce but. En conséquence, « jusqu’au jour où la race des philosophes sera maîtresse du gouvernement, ni l’État ni les citoyens ne verront la fin de leurs maux et la constitution que nous avons imaginée en esprit » (VII, 13).



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La primauté de l’effort de la neutralité 

Est-ce que la politique a sa place dans les métiers d’accompagnement tels que celui de praticien en hypnose ? Face à cette question, la première esquisse d’argumentation qui me vient intuitivement est clairement négative. Pourquoi aborderais-je des questions politiques sous l’angle nécessairement restreint de ma propre vision avec les personnes que j’accompagne pour des problématiques d’ordre personnelle ?

En tant que professionnel, il me semble que je suis dans une position d’influence inégale. La relation entre le praticien et son sujet repose sur une asymétrie de pouvoir intrinsèque. Le praticien, en raison de son expertise et de sa posture, exerce une influence significative sur autrui, qui est parfois dans un état de vulnérabilité. Introduire des opinions politiques dans ce contexte peut exploiter cette disproportion de manière indue, compromettant ainsi l’intégrité et la confiance essentielles à l’efficacité thérapeutique. J’exerce un rôle me permettant manifestement d’influencer consciemment et inconsciemment autrui en faveur de son mieux-être, de ce fait j’ai également le pouvoir d’introduire des idées, parfois au-delà du consentement libre et éclairé, ce qui est éthiquement inenvisageable pour moi.

A mon sens, ce métier doit être exercé une certaine neutralité, centré sur le sujet, indépendamment de mes propres convictions, croyances ou idéologies. Il est crucial pour la qualité de la relation thérapeutique de faire preuve d’ouverture et de mettre de côté, l’espace d’un instant, mes opinions personnelles. Il n’y a en effet nul besoin, pour aider l’autre à changer, de s’ériger en gourou, prêtresse ou maître à penser.

« Apprenez vos théories aussi bien que vous le pouvez, puis mettez-les de côté quand vous entrez en contact avec le vivant miracle de l’âme humaine. » Carl Gustav JUNG.

La valeur ajoutée d’idées personnelles et qui plus est d’un avis politique émanant d’un accompagnant ne me semble pas, sauf en cas exceptionnel et à la demande explicite du sujet, revêtir un intérêt prépondérant. L’introduction de telles opinions comporte le risque substantiel de compromettre le lien et l’alliance thérapeutiques. Dans le cadre d’une relation de soutien, la préservation de cette alliance, fondée sur la confiance et le respect, demeure primordiale pour l’efficacité de l’accompagnement. Cette neutralité politique m’apparaît comme cruciale pour maintenir un espace sécurisant et réellement inclusif. L’accompagné doit se sentir libre de partager ses préoccupations et de travailler sur ses problématiques, sans crainte de jugement ou de pression idéologique.

Pour ces raisons, je pense qu’il est crucial que les professionnels adoptent davantage une posture de modération et de médiation. Plutôt que de s’égarer dans stratégie de persuasion, nous devrions nous efforcer de nous focaliser sur l’établissement de lieux sûrs pour l’expression de tous les points de vue et de promouvoir une compréhension plus profonde des motivations sous-jacentes de nos comportements. Un accompagnant prosélyte peut, intentionnellement ou non, stigmatiser ceux qui ne partagent pas ses vues politiques ou à contrario conforter autrui dans une pensée satisfaite. Ces postures peuvent conduire à des sentiments de victimisation, d’isolement et de rejet fortement préjudiciable à la santé mentale.

Je conçois qu’il puisse être tentant de vouloir définir son cadre politique lors d’une séance, néanmoins, ce genre de cadres théoriques peut mener, à mon sens, à un risque d’essentialisme, où l’on tend à considérer des opinions comme étant homogènes et monolithiques, ce qui peut obscurcir la diversité et la complexité des expériences humaines. Bien que les notions politiques offrent des aspects analytiques indispensables pour comprendre et combattre certaines formes d’injustice et d’oppression, ils ne peuvent pas, à eux seuls, expliquer la totalité des problèmes sociaux et psychologiques, en particulier si notre discours s’enferme dans la vision réductrice d’un positionnement personnel. Certes, cela demande de se privé d’une certaine liberté… Et aujourd’hui, beaucoup de personnes considèrent la moindre contrainte comme une forme d’oppression. Cette tendance à l’indignation constante et à la revendication de droits perçus sans réflexion critique est souvent le reflet d’une susceptibilité exacerbée et d’une immodestie croissante. Beaucoup sont devenus trop immodestes pour ne pas se croire tout permis. Une telle attitude peut parfois mener à des conflits inutiles et à une vision grandement galvaudé de la réalité, où chaque difficulté est perçue comme une oppression sociétale ou une injustice à combattre alimentant de ce fait la colère généralisées et les passions ressentimistes.

« Et nul ne ment autant qu’un homme indigné »— Nietzsche, Par-delà bien et mal.

En faisant de la sorte, il me semble que la voie est toute tracée pour sombrer dans l’ochlocratie, en d’autres termes, un régime politique caractérisé par le pouvoir exercé par la masse, souvent sans les contrôles institutionnels ou les garde-fous nécessaires. Ce concept est souvent associé à des formes de gouvernance où la décision est influencée par des passions collectives, des impulsions émotionnelles ou des mouvements populaires alléchant mais sans réflexion rationnelle approfondie. L’ochlocratie fait partie des 6 phases de ce que l’historien Polybe appelle anacyclose, cette conception reprise par Montesquieu, Machiavel ou plus récemment Karl Popper dans La Société ouverte et ses ennemis et qui théorise le caractère cyclique de la succession des régimes politiques. Selon cette théorie, les régimes politiques passent par des cycles de transformation (anacyclose) : la démocratie peut se transformer en ochlocratie lorsque le pouvoir est détourné par une majorité imprudente ou passionnée, incapable de maintenir l’ordre et le bien commun.

Anacyclose selon Polybe

Pour éviter de tomber dans ce piège et dérapage subtil, il est essentiel d’effectuer un effort conscient de réflexion et de maîtrise de soi. Il est important de reconnaître que la réalité est complexe, les causes très souvent multifactorielles et que toutes les situations ne peuvent pas être vues à travers le prisme de l’indignation ou de la critique sociale. Une approche plus nuancée et réfléchie permet de mieux comprendre les multiples facettes des problèmes et d’agir de manière plus constructive.

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Pour entamer cette réflexion, nous pouvons nous pencher sur la définition la plus courante du verbe « accompagner », qui se décline en trois aspects : « Se joindre à quelqu’un », « pour aller où il va » et « en même temps que lui ». Dans le cadre de l’accompagnement psychologique, il est selon mes croyances, essentiel de reconnaître que l’autonomie à promouvoir est avant tout une autonomie « éducative » , visant l’émancipation en se joignant d’abord à l’autre ou en utilisant une forme de dialogue socratique* plutôt qu’une volonté de recadrage d’autrui selon mes propres valeurs. Pour information, le dialogue socratique est une méthode d’interrogation qui encourage la réflexion critique, aidant les individus à découvrir, exprimer et évaluer leurs connaissances implicites. Cette méthode stimule la réflexion personnelle, permettant à autrui d’explorer ses pensées et croyances profondes, et favorise la prise de conscience autonome, essentielles pour identifier et comprendre des schémas de pensée influençant le comportement et le bien-être.

Par conséquent, l’expression d’opinions politiques par l’accompagnant doit être considérée avec la plus grande prudence afin de ne pas ébranler cet équilibre délicat et essentiel.

L’illusion de la neutralité absolue et ses failles potentielles

Dans la pratique de l’accompagnement psychologique, la quête d’une neutralité radicale et la tentative de suspendre notre personnalité relèvent possiblement d’une illusion qui risque de nous rendre inconscients de nos propres biais tout en déshumanisant notre démarche. Cette prétention à l’objectivité totale, bien qu’idéalisée, est irréaliste car nous sommes inextricablement façonnés par notre histoire, notre culture et notre environnement ou du moins de l’interprétation que nous en avons. L’idée que nous pourrions nous dépouiller complètement et de façon systématique de nos croyances et jugements pour atteindre une pureté neutre est, il me semble, fondamentalement erronée. En cherchant à supprimer notre subjectivité, nous ne faisons parfois que la dissimuler, ce qui empêche une prise de conscience critique de nos biais.

Si rester neutre en toutes circonstances s’avère humainement hors de portée ou trop éprouvant pour maintenir une relation adéquate, il devient alors essentiel pour le thérapeute de se discipliner afin de tendre vers la neutralité. La reconnaissance des limites inhérentes à l’humain, qui ne peut totalement se dépouiller de ses propres expériences et préjugés, est le premier pas vers une pratique plus harmonieuse et adaptable. En adoptant une posture de vigilance et d’autodiscipline, le thérapeute peut s’efforcer de minimiser l’influence de ses propres biais sur la relation thérapeutique. Cette approche ne vise pas à éradiquer toute subjectivité, ce qui serait irréaliste, mais à créer un espace où l’accent est mis sur l’écoute et la compréhension authentiques de l’autre car elle permet de créer un espace sûr et impartial pour l’accompagnement. Cependant, croire que l’on peut être complètement impassible et neutre constitue une forme de péché d’ hubris, un excès de confiance en sa propre capacité à être objectif. Ce piège d’orgueil peut nous conduire à porter un masque de fausse neutralité, qui nous aveugle aux préjugés sous-jacents et empêche une véritable rencontre authentique avec l’autre. De plus, je concède que la croyance en une posture totalement apolitique, sous-tend l’idée que la thérapie et les relations puissent être séparée des dynamiques de pouvoir et des structures sociales, ce qui représente en soi une forme de déni. Les inégalités, les discriminations sociales et les contextes économiques sont des éléments indissociables de l’expérience humaine et influencent profondément le bien-être psychologique. En excluant ces dimensions, nous négligeons, tout du moins de manière indirects, des aspects cruciaux de la vie de ceux que nous accompagnons, limitant ainsi la portée et l’efficacité de notre aide. Il faut garder à l’esprit que l’accompagnement psychologique n’est pas seulement un exercice technique mais un engagement profondément humain qui nécessite empathie, authenticité et reconnaissance de l’autre et de son contexte dans toutes ses dimensions et sa complexité. Ainsi, pour offrir un accompagnement véritablement authentique et efficace, nous devons parfois apprendre à casser certains codes préétablis afin d’embrasser notre humanité et celle de nos clients, acceptant la complexité de l’expérience humaine dans toute sa profondeur.

Gardons également à l’esprit que la langue elle-même, outil de prédilection du thérapeute, est profondément liée à la politique, car elle résulte en partie de décisions visant à structurer la communauté et à « maintenir un certain ordre social« . Toutefois, réduire ces normes uniquement aux élites dirigeantes serait une simplification excessive. Comme tout système qui gouverne la société, les règles sont également influencées par l’usage et ne peuvent donc jamais demeurer figées pour toujours. Ainsi, la réflexion de chacun et la langue qui permet de la partager doit véritablement refléter notre diversité et notre capacité à nous exprimer librement, au-delà des pensées simplistes et satisfaites déjà omniprésentes au quotidien et d’autant plus sur les plateformes des réseaux sociaux.

Une responsabilité éthique

Lors d’un accompagnement, il me semble également judicieux de me détacher, autant que faire se peut, de tous mes savoirs qui ne m’apparaissent pas totalement fondés, et j’estime que politiquement, je ne suis que bien trop peu éduqué et conscient des sujets qu’une telle discipline sous tend. Dans l’analyse de la dynamique politique contemporaine, je pense d’ailleurs que pour la majorité des individus, les mécanismes d’affiliation et de mimétisme jouent un rôle bien trop prépondérant pour être débattus de manière explicite. La plupart d’entre-nous n’utilisons seulement que les éléments dont nous disposons, tels que divers « raccourcis d’information » et « heuristiques de jugement », pour exprimer des points de vue politique. Mes réflexions se concentrent sur les compétences politiques générales, formées par des repères et des bricolages pratiques, constitués d’éléments rudimentaires et de scripts. Les citoyens ont tendance à se reconnaître dans des figures ou des groupes qui reflètent leurs propres valeurs et expériences, et à imiter les comportements et opinions de ces modèles, souvent au détriment d’une réflexion critique, nuancée et véritablement autonome. Ce phénomène est accentué par la prédominance des émotions et des croyances sur la rationalité dans le processus d’élaboration politique.

Pour comprendre cela, le travail du chercheur et politologue chilien Alfredo Joignant , offre une perspective enrichissante sur la compétence/incompétence en mettant en lumière la diversité des approches cognitives et des schèmes pratiques que les individus utilisent pour naviguer dans le domaine politique. Cette attitude n’est pas synonyme d’ignorance pure et simple, mais plutôt d’une compétence cognitive et d’un sens critique adaptés à leurs besoins et perspectives. Autrement dit, leur rapport au politique est intermittent et sélectif, mais reste tout à fait cohérent pour eux.

L’hostilité et le prosélytisme au sein des communautés sont des phénomènes qui sont selon moi suffisamment omniprésents et bien déjà bien trop exacerbés par les dynamiques de pouvoir, les clivages idéologiques et les biais cognitifs inhérents à la nature humaine pour que je ne immisce au coeur de celles-ci en cabinet.

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Les tentatives de débat politique, si tant est qu’on puisse encore les désigner ainsi, ressemblent de plus en plus à des enchaînements d’insultes et d’arguments fallacieux, des guerres rhétoriques où nul ne prête véritablement attention aux propos de l’autre et où trop peu d’idées substantielles n’est réellement développée. Tant du côté des acteurs politiques principaux que de leurs électeurs, sympathisants, adhérents ou militants, le discours semble se réduire à une stratégie de dénigrement de l’adversaire plutôt qu’à un échange constructif visant à approfondir les enjeux sociétaux. Ce climat de confrontation stérile compromet sérieusement la qualité du débat démocratique, en privilégiant l’animosité et la polarisation aux dépens de la réflexion critique et du dialogue informé. Il ne faut pas oublier que les campagnes électorales se concentrent souvent sur les faiblesses perçues des propositions politiques de leurs adversaires, leurs échecs passés ou leurs affaires personnelles, une stratégie connue sous le nom de « campagne négative »*. L’essor des réseaux sociaux et le militantisme qui les accompagne ont sensiblement amplifié cette tendance. L’intégration stratégique des réseaux sociaux dans les campagnes électorales, combinée à la prolifération des invectives, des rumeurs et des fake news sur ces plateformes, a créé un terrain fertile pour l’étude de ces phénomènes dans les campagnes négatives. Les médias, ayant un biais de publication en faveur des informations négatives**, facilitent cette dynamique, permettant aux candidats d’exploiter l’hostilité pour attirer l’attention sur leur partie ou candidature. De plus j’aimerai mentionné l’idée que les algorithmes des réseaux sociaux créent des bulles d’opinion en nous exposant principalement à des contenus qui renforcent nos croyances existantes, limitant ainsi notre accès à des perspectives diversifiées et nuisant à notre liberté de pensée. Un algorithme peut effectivement regrouper les utilisateurs en fonction des similitudes observées dans leurs comportements sur le réseau, comme le type de publications qu’ils apprécient ou la nature de leurs commentaires. Ensuite, l’algorithme de recommandation vous proposera des posts similaires qui ont été aimé et partagé par la majorité des utilisateurs de votre groupe, partant du principe qu’il vous fera réagir également. Ce phénomène, que je nommerai « biais de confirmation algorithmique« , menace fatalement la capacité des citoyens à former des opinions éclairées en limitant l’accès à divers points de vues, qui sont pourtant les piliers fondamentaux d’une démocratie authentique.

En outre, les algorithmes de recommandation privilégient les contenus polémiques ou transgressifs, car ceux-ci suscitent des émotions et un engagement accru des utilisateurs, augmentant ainsi les revenus de la plateforme. Cette prédilection pour des sujets controversés alimente la haine et l’impossibilité d’échanger, limitant la liberté des utilisateurs à penser de manière critique et nuancée sur le monde et les différentes communautés.

Ce constat soulève des questions essentielles sur la nature de la démocratie et sur les moyens de renforcer l’autonomie et la rationalité dans la participation politique des citoyens. Ce dernier point me pousse à nuancer mes premières intuitions et à réviser mes idées, afin de proposer des réflexions qui, jusque-là, semblaient dépasser mes compétences. En effet, si l’aspect émotionnel et la rhétorique sont indéniablement exploités par les figures politiques, il est probablement de mon devoir d’informer et d’instruire sur les divers stratagèmes d’influence employés. Indirectement, je crois alors nécessaire de parler politique, non pas pour orienter vers une idéologie spécifique, mais pour transmettre des outils permettant de décoder les divers procédés d’influence utilisés.

Il s’agit d’éduquer à l’esprit critique, d’expliquer le fonctionnement des croyances et d’adopter un regard méta-analytique et systémique. Il est utile de rappeler que la politique influence profondément les valeurs, nos comportements, le contexte dans lequel nous évoluons et donc in fine la santé mentale. La définition même de celle-ci comporte d’ailleurs une dimension politique indéniable. En effet, il est bien établi que les conditions socio-économiques et écologique ont un impact significatif sur notre psyché.

Mon objectif n’est donc pas de prendre parti ou de militer pour une cause particulière, mais d’encourager ceux qui en ressentent le besoin et qui y consentent à acquérir les fondements nécessaires pour décrypter les mécanismes de manipulation tels que l’appel à la peur, les biais de simple exposition, le pouvoir du storytelling, les biais de confirmation, la prolepse, le cadrage, l’aversion à la perte, l’effet de halo, la machine a phrase, et divers autres biais d’association etc… En conclusion, cet article plaide pour un effort de neutralité nécessaire dans l’accompagnement thérapeutique, tout en reconnaissant la nécessité d’aborder et surtout de décoder les influences politiques. L’effort de neutralité préserve l’espace thérapeutique, tandis que l’éducation à l’esprit critique permet de comprendre et de résister aux manipulations , garantissant ainsi une véritable émancipation individuelle.

Mon prochain article portera donc sur ces réflexions, que je considère cruciales en ces temps de potentiels bouleversements politiques majeurs. Il s’agit d’une démarche essentielle afin de tenter d’éclairer les citoyens au mieux et les rendre plus aptes à participer de manière plus adéquate au débat démocratique.

Sylvain Gammacurta

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Sources :

Walter, 2014 ; Gross et Johnson, 2016 ; Damore, 2002

Lau et Rovner, 2009

De la République, Platon

Acting Politics: A Critical Sociology of the Political Field,Alfredo Joignant

Alfredo JOIGNANT, Compétence politique et bricolage. Les formes profanes du rapport au politique. RFSP, vol.87, n°6, décembre 2007

Yves Déloye, « Pour une sociologie historique de la compétence à opiner “politiquement”.

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