Dans la tête des hommes, par Alain Héril
Un mot sur l’auteur
Depuis plus de vingt-cinq ans, Alain Héril explore les territoires où se rencontrent l’intime, le désir et la vie psychique. Psychanalyste et sexothérapeute, mais aussi écrivain, superviseur et conférencier, il accompagne des patients tout en formant de futurs sexothérapeutes, psychopraticiens et professionnels de la relation d’aide.
Il codirige aujourd’hui le centre de formation à la psychothérapie intégrative Indigo Formations.
Auteur prolifique, il a consacré une grande partie de son travail aux questions de la sexualité, du couple et de l’épanouissement personnel. Parmi ses ouvrages figurent Femme épanouie, Dans la tête des hommes (Payot, 2016) ou encore L’Orgasme thérapeutique (Grancher). Plusieurs de ses livres ont été traduits à l’international.
Son parcours l’a également conduit à occuper diverses fonctions académiques et institutionnelles : professeur émérite à l’Université de psychanalyse HSE de Moscou, membre du comité d’experts de Doctissimo, directeur pédagogique du Diplôme universitaire européen de psychopathologie de l’Université Miguel de Cervantes de Valladolid, en Espagne.
Mais au-delà de la sexualité elle-même, ce qui traverse l’ensemble de son œuvre est une interrogation plus fondamentale : comment naît le désir, comment se transforme-t-il et quels liens invisibles entretient-il avec l’inconscient ?
C’est dans cette exploration des dynamiques profondes du psychisme humain qu’Alain Héril inscrit l’essentiel de sa réflexion. « Dans la tête des hommes« fait partie de ces ouvrages qui m’ont profondément parlé et dont je suis convaincu qu’ils peuvent offrir à bien des hommes des clés de compréhension précieuses sur eux-mêmes. Au-delà de ses références psychanalytiques, et notamment de l’héritage de Freud, Lacan et Jung, l’auteur laisse également transparaître l’influence de penseurs majeurs tels que Spinoza, Nietzsche ou encore Edgar Morin, enrichissant ainsi sa réflexion d’une profondeur philosophique appréciable.
La sexualité de l’homme
La sexualité de l’homme a longtemps semblé « aller de soi », souligne l’auteur dès les premières pages de l’ouvrage. Il est vrai que l’image réductrice de l’homme conquérant et jouisseur a longtemps représenté la sexualité masculine, tandis que la femme était plutôt cantonnée à une position de soumission au désir masculin.
Cette représentation délétère a eu des conséquences importantes pour les deux sexes. La sexualité masculine fut reléguée du côté de la seule animalité, gouvernée par des lois naturelles et pulsionnelles.
Depuis plus d’un siècle, la sexualité masculine est envisagée avec davantage de nuance et de subtilité. Les mouvements de libération sexuelle des années 1970 ont notamment contribué à libérer les femmes d’une position d’attente pour les installer dans une revendication directe du plaisir et de l’autonomie sexuelle. Malgré ces avancées positives, l’auteur estime que l’homme s’en est trouvé, dans une certaine mesure, fragilisé.
Ce que la sexualité masculine a perdu en certitudes et en affirmation, elle l’a gagné en questionnement et en sensibilité. Il devient donc urgent, à l’aune de nos changements sociétaux, de revisiter ce qu’est un homme dans sa sexualité et de l’envisager dans une dynamique vivante plutôt que dans une vision figée et réductrice.
Le modèle masculin auquel bon nombre d’hommes se sont identifiés correspond à un inconscient collectif plus global : affirmation par la force et la puissance, identité pénétrante et prédatrice, contrôle des émotions hormis la colère, refus de la sensibilité, présence au monde par la dureté et la compétition, sexualité uniquement hétérosexuelle, accompagnée d’une vision de la femme réduite à la Madone inaccessible ou à la putain.
Beaucoup d’hommes ont longtemps essayé, et essaient encore, de correspondre à ce type de schéma et de s’y conformer.
Heureusement, cette vision du masculin évolue. Les interrogations des hommes, leurs paroles et leurs besoins exprimés, notamment dans ce livre, témoignent d’une prise de conscience active. L’homme contemporain se trouve souvent pris dans un conflit intérieur entre cet inconscient collectif qui l’enferme dans une posture caricaturale mais éprouvée depuis des siècles, et une volonté, au contact de l’émancipation sexuelle et relationnelle des femmes, de construire une autre manière d’être avec lui-même, avec les autres hommes et, bien sûr, avec les femmes.
Cet ouvrage est l’un des meilleurs que j’ai pu lire sur le sujet, et pourtant je ne suis pas nécessairement un grand amateur de psychanalyse. Sans adhérer à la totalité des propositions des propos et tout en conservant certaines nuances critiques, je dois reconnaître que ce livre a résonné avec force et justesse. Je suis convaincu qu’il peut aider, ou tout au moins accompagner, d’autres hommes dans leur capacité à concevoir d’autres réalités que celles qui leur ont été transmises à propos de la masculinité.

Le guerrier pacifique
Bon nombre d’hommes portent en eux un clivage entre le masculin guerrier d’un côté (une forme de force qui semble parfois s’opposer à la sensibilité et à l’ouverture à autrui) et le masculin pacifique de l’autre.
Pour l’auteur, l’enjeu est de comprendre comment devenir « un guerrier pacifique » dans son rapport à la sexualité et à son identité profonde. Voilà l’axe autour duquel se construisent les étapes du devenir masculin aujourd’hui. La notion de guerrier pacifique est empruntée au livre de Dan Millman, un ouvrage qui à pour sujet l’aventure initiatique d’un jeune gymnaste qui va apprendre à se défaire de ses illusions. Pour Héril, l’homme moderne à ce travail à faire sur lui même, trouver à la fois la capacité d’affirmer sa force virile tout en étant un constructeur actif de la paix relationnelle.
Il est également important de saisir que chaque homme possède une virilité naturelle qui ne relève pas de la performance ou du combat, mais d’un rapport à soi et au monde pouvant s’exprimer dans une certaine tranquillité bienveillante.
Les hommes, lorsqu’ils parlent entre eux sans masque, découvrent souvent qu’il existe une forme de supercherie dont ils sont progressivement en train de sortir. La masculinité est à l’heure d’une transformation, les hommes doivent inventer une autre manière de vivre avec les femmes, mais aussi avec eux-mêmes et avec les autres hommes. Il s’agit alors d’oser aller sur le territoire de l’autre, d’accepter sa part sauvage tout en acceptant d’être sensible et bouleversé…
La construction de l’ouvrage est elle-même intéressante, située à la frontière entre l’essai psychologique, le témoignage clinique et le développement personnel masculin. Elle permet d’accéder à des fragments de situations que l’auteur détaille afin d’illustrer concrètement différentes histoires de vie.
Les relations père, mère, fils
Dans une première partie, ce sont les rapports à la mère et au père qui sont mis en exergue. Ils constituent la matière première de la masculinité, le terreau à partir duquel une partie de notre organisation psychique se construit.
Notre psychisme fonctionne avec les traces de ce qu’il a emmagasiné tout au long de son développement. Les figures maternelles et paternelles laissent des empreintes durables qui influencent notre rapport au monde. Bien entendu, lorsque ces références sont invalidantes ou blessantes, il demeure possible de s’en éloigner et de les transformer. Encore faut-il les identifier et comprendre la manière dont elles ont agi sur nous.
Selon l’auteur :
« Être un homme, c’est le devenir à partir de la parole du père vis-à-vis de la femme. »
Bien entendu, les enfants n’adhèrent pas systématiquement au discours paternel — ou à celui de son substitut. Ils peuvent même s’y opposer. Mais s’opposer, c’est encore se construire « à partir de ».
L’auteur décrit plusieurs modalités de relation paternelle, illustrées par de nombreux exemples :
- le père absent ;
- le père interdicteur ;
- le père violent ;
- le père sauveur ;
- le père souffrant ;
- le père abuseur ;
- le père complice.
Je me permets d’ailleurs de reprendre un passage qui m’a particulièrement touché dans le chapitre consacré au père complice :
« Viens, je vais t’apprendre ce qu’est le masculin à partir de moi et tu pourras l’expérimenter à partir de toi. Le père complice est celui qui a accepté de se développer dans les aspects à la fois les plus simples et les plus complexes de ce qui définit un homme. Il n’a pas à projeter ses frustrations et ses lacunes sur son fils. Il ne lui demande pas de faire à sa place ce qu’il n’a pas réalisé. Il ne le voit pas non plus comme un rival ou un ennemi. Il y a une douce fierté d’être un homme. Ce n’est pas la fierté de la puissance ou de la domination, c’est celle de la verticalité masculine acquise et conquise. » (p. 43)
Selon l’auteur, le père transmet ainsi au fils les fondations de la virilité.
Le père absent
Inventer son père lorsqu’il a été absent est un travail colossal. Ce n’est pas impossible, mais cela demande beaucoup de temps et d’efforts.
L’esprit accaparé par cette absence symbolique n’est pas pleinement disponible pour le lien aux autres. Le fils vit souvent cette absence comme un abandon et peut en conclure qu’il ne mérite pas l’attention de son père. Une faible estime de soi peut alors s’installer.
Le père interdicteur
Le père interdicteur est celui qui castre symboliquement le fils. Il revendique pour lui seul la possibilité de se réaliser et de jouir de la vie. Le garçon devient alors celui qui n’arrivera jamais à s’accomplir ni à se frayer un chemin au cœur des difficultés de l’existence.
Le père violent
Le père interdicteur peut être violent psychiquement par ses paroles, mais le père violent ajoute à cela la brutalité physique. Il frappe, humilie et impose sa puissance par la force.
Souvent, il fut lui-même un fils humilié. Son comportement reproduit alors ce qu’il a subi. C’est un cercle infernal dans lequel de nombreuses générations d’hommes ont été enfermées.
Pour l’auteur, la véritable virilité consiste davantage à maîtriser ses émotions tout en affirmant sa force par sa seule présence. Le père violent incarne ainsi une défaite de la virilité.
Le père sauveur
Le père sauveur semble, à première vue, une figure positive. Il peut aider son fils à mieux comprendre la masculinité à travers sa propre affirmation d’homme.
Néanmoins, il peut également l’inhiber en voulant trop faire les choses à sa place. Entre « Tu vois, je te l’avais bien dit » et « On apprend de ses erreurs », il existe une différence fondamentale : la seconde posture favorise l’autonomie.
Le père souffrant
Faire face à un père incapable d’assumer son rôle de guide peut conduire certains fils à vouloir prendre sa place. Cette position peut entraîner différentes conséquences : mégalomanie, tristesse chronique, hyper-responsabilité ou encore tendance à vouloir sauver les autres en permanence.
Le plaisir et les besoins personnels passent alors souvent au second plan.
Le père abuseur
Il est évident qu’un père qui abuse de son fils constitue une effraction psychique et physique majeure. Pour certains hommes, la vie entière peut rester marquée par cette terreur diffuse de devenir semblable à leur père.
Le père complice
Le père complice donne à son fils la possibilité de trouver ses propres chemins de liberté. Il partage une expérience de la masculinité sans l’imposer et favorise l’émergence d’une connivence féconde.
Être un homme, un vrai ?
Selon l’auteur, la beauté virile d’un homme est une construction intérieure. Elle ne réside ni dans l’affichage des muscles ni dans la démonstration permanente de puissance.
Lorsqu’un homme accède à une conscience simple de sa propre virilité, il n’a plus besoin de prouver quoi que ce soit. Mais pour parvenir à cet état, il doit traverser les épreuves de l’existence et intégrer ce qu’elles lui enseignent.
Être un homme, c’est se dégager progressivement des images encombrantes héritées de ses parents, mais aussi du poids d’une culture parfois marquée par le machisme et l’arrogance. C’est s’affirmer en cohérence avec son désir le plus profond. « C’est apprendre à se laisser transformer par le temps, à polir son caractère comme la mer polit la pierre.«
Être un homme, c’est vivre sa masculinité dans le mouvement.
Apprendre à ne plus imposer sa virilité, c’est découvrir qu’elle devient alors naturelle. L’homme ne se cherche plus sans cesse ; il commence à se trouver.
Afin d’élaborer cette grille de lecture, l’auteur distingue cinq âges sexuels, présentés comme autant de paliers dans l’affirmation de la virilité :
- L’adolescence (14-20 ans)
- La post-adolescence (20-30 ans)
- La paternité (30-40 ans)
- La maturité (40-50 ans)
- L’affirmation (50-60 ans)
Pour chacune de ces périodes, Alain Héril met en lumière les principaux enjeux psychiques, relationnels et sexuels auxquels les hommes sont confrontés. Il montre comment chaque âge apporte son lot de défis : quête d’identité, rapport au désir, rencontre amoureuse, paternité, vieillissement ou encore nécessité de redéfinir sa place dans le monde.
Éloge de la vulnérabilité
Et pour cela, la clé passe également par l’acceptation de la vulnérabilité.
La vulnérabilité permet de baisser la garde et de cesser de consacrer une énergie considérable à lutter contre des ennemis extérieurs qui n’existent parfois que comme projections de peurs intérieures.
Être vulnérable, c’est accepter les émotions dans ce qu’elles ont de troublant, parfois de dérangeant. C’est reconnaître qu’il existe des risques relationnels, des déconvenues affectives et des enjeux psychologiques sur lesquels nous n’avons pas toujours prise.
La découverte de cette vulnérabilité peut conduire à son acceptation, mais elle peut également pousser certains hommes à emprunter le chemin inverse : renforcer leurs muscles, leur pouvoir ou leur statut social afin de masquer ce qu’ils vivent comme une faiblesse.
L’un des enjeux majeurs consiste justement à intégrer cette vulnérabilité comme une composante de soi plutôt qu’à la combattre.
« L’inconscient masculin est tellement organisé autour de vieux préceptes comme la solidité absolue de l’homme face aux épreuves et la capacité à se construire seul malgré les épreuves que, dès qu’un grain de sable handicape la fonction virile, beaucoup d’hommes ne se sentent plus des hommes, des vrais, mais restent sur le bord de la route, regardant les gagnants triompher en se vivant comme condamnés à être dans le wagon des faibles et des laissés-pour-compte. » (p. 124-125)
L’entrée dans la maturité
« À 40 ans et au-delà, les hommes apprennent que la maturité, ce n’est pas simplement savoir gonfler ses muscles et en imposer au monde, mais surtout savoir prendre des décisions et gérer les frustrations naturelles que la vie nous offre. » (p. 132)
On comprend également qu’un homme mature n’est pas nécessairement un homme froid ou impassible. La maturité implique avant tout l’apprentissage du deuil de la toute-puissance.
On sait alors que l’on n’obtiendra jamais la totalité de ce que l’on désire. Une utopie se perd, mais elle est remplacée par la capacité à assumer ce qui est réellement possible. Cette lucidité devient une forme de liberté.
« La maturité est un équilibre trouvé. » (p. 133)
Grâce à cette maturité conquise, le rapport au corps évolue lui aussi. Il existe alors une forme de réconciliation avec son propre corps, avec ses sensations, ses émotions et ses limites.
La sexualité cesse progressivement d’être réduite à une fonction instinctive pour devenir un espace de relation, de partage et de sensibilité. La caresse, le ralentissement et la qualité émotionnelle de la rencontre prennent davantage de place.
Prendre confiance en sa masculinité
Il est devenu courant de présenter l’homme moderne comme celui qui aurait réconcilié en lui une supposée dimension féminine. Pourtant, cette affirmation repose sur un présupposé rarement interrogé : celui d’une définition claire et universelle du féminin.
Comme le souligne Alain Héril :
« Il n’y a pas d’universalité du masculin et du féminin qui soit claire pour tout le monde au-delà des cultures et des croyances. » (p. 162)
Par exemple :
« Lorsque l’on voit un homme s’occuper de son enfant, il ne le fait pas en singeant les gestes d’une mère mais bien à partir d’une capacité naturelle à aimer cet enfant. » (p. 162-163)
En réalité, il s’agit de prendre conscience à quel point nos représentations de ce qu’est un homme restent encombrées de clichés hérités de générations entières.
Lorsqu’un homme se défait progressivement de ces conditionnements éducatifs et de ces images préconçues, il ouvre un espace intérieur nouveau. La tendresse cesse alors d’être perçue comme une faiblesse pour devenir une force vivante et centrale.
Comme le répète Alain Héril, on n’est pas un homme accompli dès le début de sa vie : on le devient.
Cette idée allège l’homme de la nécessité de correspondre toute sa vie à une image figée et réductrice de lui-même. Son identité demeure en mouvement !
Si la compassion est essentielle à la construction du guerrier pacifique, l’audace de rester un aventurier l’est tout autant : accepter de se transformer au fil des années, demeurer ouvert à la surprise, aux autres et à soi-même.
« L’homme a parfois ce besoin de quitter les habits trop étroits du soldat pour redevenir comme l’enfant qui s’émerveille de tout avec innocence. » (p. 172)
En règle générale, les hommes pensent souvent que leur manière singulière de voir le monde est universelle. Accepter qu’il existe un autre en face de soi, curieux d’autres idées, d’autres manières de vivre et d’aimer, constitue une formidable occasion d’élargir son propre horizon.
C’est aussi un long chemin vers l’acceptation d’une certaine forme de solitude, qui ne doit pas être confondue avec l’isolement. Une solitude habitée, dans laquelle l’homme apprend à écouter ses émotions, à reconnaître les mouvements subtils de sa pensée et à mieux comprendre son rapport singulier à l’existence.
Comprendre l’homme que l’on est à partir de soi-même, c’est également se construire à partir de valeurs, de convictions et de repères librement choisis plutôt que simplement hérités.
C’est faire de sa vie une aventure toujours inachevée, mouvante, émouvante et parfois surprenante.
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C’est apprendre à reconnaître ce qui ne peut être découvert qu’au travers de son propre regard, sans attendre constamment la validation d’autrui.
Mais c’est aussi cultiver la capacité de contempler le monde pour ce qu’il est, avant de vouloir le plier à ses attentes.
Peut-être est-ce là l’une des plus belles conquêtes de l’existence : devenir progressivement l’auteur et l’acteur de sa propre vie. Non pas un homme achevé, mais un homme en chemin, capable d’accueillir ses fragilités comme ses forces, et d’habiter sa présence au monde avec davantage de liberté, de lucidité et de gratitude.
« Dans les rapports humains, nous avons besoin d’émotions simples et directes pour vivre les uns avec les autres. On a si souvent rangé les hommes du côté du Logos, de la pensée, que lorsqu’ils sont en lien avec leurs émotions ils ont l’impression d’être amputés d’une partie importante d’eux-mêmes. Et pourtant, c’est dans ce registre émotionnel que la rencontre s’édifie. » (p. 181)
C’est dans cet espace de sensibilité partagée que les hommes peuvent se rencontrer sincèrement, dans une fraternité affranchie de la compétition. Ils n’ont alors plus à « conquérir » les femmes, et celles-ci n’ont plus à se défendre de ce que peut parfois contenir une logique de conquête. L’espace de la rencontre devient un lieu habité par la curiosité, la connivence et l’écoute mutuelle, où chacun cherche moins à dominer qu’à entrer en relation.
Conclusion
Pour conclure, je ne peux que vous conseiller la lecture de cet ouvrage, qui s’adresse à tous les hommes prêts à interroger la manière dont ils envisagent la masculinité. Au-delà des idées reçues, il invite à déconstruire certaines représentations profondément ancrées afin de reconstruire, avec davantage de liberté, son rapport au monde, aux autres et à soi-même.
Ce livre a la qualité rare de ne proposer ni modèle à suivre ni nouvelle injonction à laquelle se conformer. Il ouvre plutôt un espace de réflexion où chacun est invité à explorer ce qui, dans son histoire personnelle, relève de choix authentiques ou, au contraire, d’héritages acceptés sans examen. Alain Héril nous rappelle que devenir un homme n’est pas l’accomplissement d’un idéal figé, mais un cheminement fait de doutes, de remises en question, de vulnérabilités et de transformations.
À travers une écriture accessible et profondément humaine, il invite le lecteur à porter un regard plus nuancé sur lui-même.
C’est sans doute ce que j’ai le plus apprécié dans cet ouvrage, cette capacité à dépasser les oppositions stériles entre force et vulnérabilité, indépendance et attachement, affirmation de soi et ouverture à l’autre, attitude guerriere et pacifique. Il nous rappelle qu’un homme ne se construit pas contre sa sensibilité, mais à travers elle.
Une lecture stimulante qui mérite d’être découverte par tous ceux qui souhaitent mieux comprendre l’homme qu’ils sont devenus et peut-être celui qu’ils aspirent encore à devenir.
Sylvain Gammacurta
Dans la tête des hommes est disponible ici : https://alainheril.com/produit/dans-la-tete-des-hommes/